• 2 août 2018

alpe nage

3700km de vélo (41 000m D+), 850km à pied (13 300 D+) et pour ainsi dire pas de natation, voilà le bilan de la préparation du triathlon L de l'Alpe d'Huez depuis le 1er janvier. Un maigre bilan au regard de ce qui nous attend avec le coach Benji aujourd'hui :

2200m de natation, 120km de vélo (3200 D+) et 20km à pied (300 D+ à 1900m d'altitude).

Je n'ai jusqu'à aujourd'hui jamais fait 120km de vélo ni gravi 3200m en une seule fois et encore moins avec 1h de nage avant et 1h45 de course après... mais faut bien se lancer un jour ^^.

La nuit a été plutôt bonne mais le lever s'est fait bien avant le réveil preuve d'une certaine appréhension de ce qui nous attend dans quelques heures. Il fait déjà chaud ce matin quand nous quittons le gîte à 6h15 -après un petit déjeuner rapidement avalé- pour rejoindre le sommet de l'Alpe d'Huez afin d'y déposer nos chaussures. 

8h30 : Nous arrivons sur le barrage EDF du Verney, lieu du lac éponyme où nous allons effectuer nos 2200m de natation. L'eau était annoncé à 14°, il n'en est rien avec plus de 18°, un premier point rassurant. Après avoir déposé nos vélos et -une fois de plus- enfilé ma combinaison à l'envers, je remets tout en place et nous nous rendons sur l'aire de départ, cagoule anti-froid vissée sur la tête.

9h25 : Départ dans 5 minutes, nous nous mettons à l'eau et malgré son bleu azur, elle n'est pas chaude du tout. A peine le temps de se réchauffer et de saluer les copains venus nous encourager, il est déjà temps de partir pour deux boucles de 1100m.

natation alpe

M 0 : Une tape dans la main du coach et c'est parti ! Comme je m'y attendais, je ne suis pas du tout à l'aise et peine à prendre mes marques mais partant de tout derrière, je ne suis pas gêné par ceux qui veulent doubler à tout prix. Piètre nageur, je sors entièrement la tête de l'eau tous les 3 mouvements pour une grande inspiration et les minutes ne s'égrainent que lentement... ca va être long. M 400La bouée des 500m se rapproche doucement et je finis tout de même par trouver un rythme en battant des pieds le moins possible afin d'en garder le plus possible pour la suite des évènements. En attendant, le soleil est assez éblouissant, ce qui rend mes trajectoires plutôt approximatives. M 1100 : Fin de la première boucle... plus qu'une ! Les mètres continuent de défiler mais après 45 minutes dans l'eau, je commence à avoir vraiment froid, il doit me rester 500 mètres à nager. Je prends mon mal en patience et parviens enfin après 58minutes à sortir de l'eau, bien aidé par les bénévoles qui nous jettent joyeusement sur le tapis bleu. Je tiens à peine debout mais pars bonant-malant vers le parc vélo tout en essayant d'enlever ma combinaison de nage.

Assis à côté de mon vélo, je remarque que Benji est déjà parti, il m'a sacrément enrhumé ! Je retire le reste de ma combinaison, mange une compote, mets chaussettes-chaussures-casques-dossard et repars vélo à la main vers la sortie. 5min se sont écoulées quand j'enfourche ma bicyclette à la conquête d'une folle remontée au classement (je saurai après coup que je sors 830ème du parc).

Mais pas d'entousiasme suicidaire, je roule au train sur ces 25 premiers kilomètres descendants qui longent la Romanche direction le col de l'Alpe du grand Serre (15km - 1000D+). Plusieurs faits de course me rappellent à la vigilance entre les crevaisons, les casses et les chutes... la course peut s'arrêter à chaque instant. KM 25 : 38 minutes d'écoulées, 40km/h de moyenne, les choses sérieuses commencent maintenant avec ce col régulier qui varie de 6 à 9% de pente moyenne donc qui passe au train. KM 28 : Bien concentré sur mon coup de pédale (34-28), je tourne les jambes quand soudain j'aperçois Benji un peu plus haut. Je finis par le rejoindre et comprends qu'il part vraiment prudemment et me met en garde (une fois encore) sur une débauche d'énergie trop importante. Je me sens bien et je n'ai pas l'impression de forcer tant que ça... Je continue de progresser dans le col, enchaînant les virages et la dernière longue ligne droite où je croise les copains. KM 40 : Fin du premier col, déjà 230 places de gagnées mais sur le moment, ce n'est pas ce qui m'intéresse. Je jette un coup d'oeil derrière et aperçois la vallée (et Grenoble) en contrebas : quelle vue !

vélo alpe

KM 52 : 12 kilomètres de descente pour attaquer maintenant le petit col du Malissol (3km à 9%) ; petit certes mais qui pique un peu. Donc nouvelle ascension au train et nouveau col de passé sans encombre. C'est reparti en descente pour rejoindre le KM 75, synonyme de début de la montée du col d'Ornon (14km - 560D+) dans un cadre magnifique encaissé entre les montagnes et leurs torrents. Tous les voyants sont toujours au vert en ce début de col où les difficultés n'arrivent qu'à partir du 9ème kilomètre. N'oubliant pas qu'il fait 36° à l'ombre (et que je ne souffre pas vraiment de la chaleur), je me force à boire au maximum tous les quart d'heure et à manger toutes les 30 minutes, histoire de ne pas me faire surprendre. Un nouveau coucou aux copains dans les rampes les plus difficiles avant de basculer à un nouveau sommet. Rapidement à plus de 60km/h dans les descentes, il faut être prudent et je vais l'apprendre à mes dépends. En effet, n'anticipant pas suffisamment un virage, je me retrouve à freiner plus fort de raison, ce qui bloque la roue arrière et donc me fait déraper et quitter la voie de droite... heureusement pour moi sans conséquence car personne n'arrivait en face. Une belle frayeur qui me (re)rappelle qu'il faut rester concentrer. Je termine la descente prudemment et rejoints la vallée pour les 15 derniers kilomètres avant l'ascension de l'Alpe d'Huez (14km - 1100m D+). 

vélo

KM 105 : On l'a rêvé, on l'a préparé, on l'a espéré maintenant on le redoute : l'Alpe d'Huez et ses 21 virages. A présent en 420ème position, c'est au train encore et toujours que j'aborde cette ultime difficulté, le coup de pédale étant certainement moins assuré. Pourtant je continue encore et toujours de doubler dès les premières rampes de ce compte-à-rebours ; les plus difficiles. Pas une zone d'ombre et seuls les virages permettent de souffler un peu et de tourner la tête pour voir en contrebas le travail déjà accompli ainsi qu'une nouvelle vue époustouflante sur la vallée. KM 118 : Les kilomètres défilent, j'ai les pieds de plus en plus engourdis (et ça fait 'achment mal)

et c'est quand je suis au plus mal sur le dernier mur de ce dernier col que je croise Aude, Benoît et Sandra :

- J'entends au loin : "C'est toi Florent ?"

Je ne peux que hocher la tête en signe d'acquiessement et les encouragements pleuvent. Quel bonheur, quelle énergie retrouvée. Je bascule bientôt au sommet après 1h21 d'ascension pour rejoindre la parc vélo. Je parviens à courir pour rejoindre ma place, j'enfile mes chaussures, avale une compote et un demi-bidon avant de repartir en moins de 3 minutes en 337ème position. 

20 kilomètres à (par)courir en 3 boucles à 1900m d'altitude sous une forte chaleur. J'ai des jambes mais la tête refuse d'aller plus vite -certainement à raison. La route s'élève rapidement sur un sentier montagneux avec vue sur l'autre versant de la vallée. KM 2 : Premier ravitaillement, je ne prends maintenant plus aucun risque et m'arrête pour m'alimenter et m'hydrater avant de repartir. Je ne suis pas sur les temps que j'avais imaginés en partant ce matin mais le rythme semble supérieur à bien des concurrents. Un petit aller/retour à

alpe

flanc de montagne pour rejoindre le KM 4 et un nouveau ravitaillement où je me jette sous le jet d'eau. Puis deuxième difficulté du parcours avec une longue côte bitumée qui débouche sur une longue descente pour revenir au point de départ. KM 7 : Première boucle conclue en 36minutes sous les encouragements de tous les copains ainsi que Manon et Cléa ; j'en ai la chaire de poule.

La deuxième boucle est similaire à la première, les jambes voudraient aller plus vite mais le mental n'y est pas, seulement la volonté de rejoindre l'arrivée entier. KM 12 : Je croise Benji qui attaque son 7ème kilomètre en costaud. Jet d'eau, côte bitumée, descente, copains, et 3ème boucle. Je garde un rythme régulier. KM 18 : Je prends conscience de ce que je viens de réaliser aujourd'hui et l'émotion m'envahit, les douleurs aussi... Manon et Cléa ne sont plus à l'endroit habituel et terminant la 3ème boucle je tourne à droite pour rejoindre l'arrivée plutôt qu'à gauche pour un quatrième tour gratuit.

KM 20 : J'accède au tapis bleu, noir de monde. Je tape dans la main d'inconnus qui les tendent sur le chemin. J'aperçois mes deux amours et parviens même à récupérer Cléa pour franchir la ligne (après 1h51 de course à peid) heureux et fier du parcours accompli. 8h34 à la montre, 234ème place, anecdotique. 

Une course qui restera à coup sût inoubliable tant sur le plan physique que par la beauté des paysages parcourus. Un grand merci à mes amis accompagnateurs mais aussi à Manon qui a parfois subi cette préparation.