• 28 mai 2016

Le grand jour est arrivé. La nuit a été courte et nous sommes maintenant sur la ligne de départ avec l'ami Pierrot. Frontale sur le front, il est 3h30. La température est bonne, la météo favorable. Nous pouvons attaquer le tour du lac d'Annecy par les sommets de manière tout à fait détendue. Au programme du jour, 83km et 5200m de dénivelé avec les ascensions du Semnoz, du Forclaz, des contrebandiers, du mont baron et Veyrier... Une dernière accolade à mon compagnon d'infortune et nous nous engageons dans le sas dé départ.

maxi race 2KM 0 : Le départ est festif et dans la fumée rouge des fumigènes. Je pars sur un petit rythme sous le regard de la foule amassée sur les côtés, autour de 4"40 au kilomètre en attendant le début des hostilités. Nous contournons le lac par des sentiers plats, sorte de calme avant la tempête. Je profite de ce paysage magnifique, de la brume sur le lac et de sa faune paisible. KM 3 : Nous quittons désormais la route pour entamer la première difficulté du jour : le Semnoz. Je suis bien en jambes et monte à bon rythme dans les sentiers forestiers. Je remonte les concurrents par paquets de dix et l'air de rien, je laisse peut être l'euphorie prendre le pas sur la raison si bien que je dépasse maintenant les premières féminines... KM 10 : Déjà 1h08 de course et je suis toujours au taquet, il reste 7 km d'ascension mais rien ne semble pouvoir m'abattre. Je profite du paysage en pensant à bien boire tous les 1/4 d'heure et m'alimenter toutes les 1/2 heures. KM 16 : J'avale les kilomètres sur ces sentiers étroits et parfois bien raids mais le sommet se rapproche à grands pas. La température est maintenant plus fraîche, il est 5h30 et le soleil commence à faire son apparition. KM 18 : je bascule enfin au sommet, passe au premier ravito. Je remplis ma poche d'eau, vide après ces 15 premiers kilomètres de montée et repars sous les encouragements de Stéphanie pour 10 kilomètres de descente. 

maxi race1KM 23 : 2h45 de course et je suis sur toujours bien en jambe mais une douleur, sorte de pointe, se déclenche au niveau des adducteurs. Elle s'intensifie au fil des kilomètres et je casse le rythme afin de ne pas l'accentuer plus encore. KM 28 : 3h15 de course, la descente est terminée mais la douleur est insupportable. J'entame le col de la Cochette en marchant à l'aide de mes précieux bâtons (merci Aude). 7h15 : le jour est bien levé, on peut admirer la beauté des paysages. KM 33 : Je bascule au sommet après 4h25 de course et déjà plus de 2200m de dénivelé, direction Doussard, je marche depuis de nombreux kilomètres et j'espère voir la douleur passer car il reste 50km et ça risque d'être long. Je n'envisage pas l'abandon avant Doussard (KM 44) où je pourrai faire le bilan. La descente est malheureusement pire que la montée mais je serre les dents. Les concurrents me doublent par paquet de dix mais cela n'a plus aucune importance. Parti ambitieux -malgré le flagrant manque d'entraianement- je n'espère maintenant plus que terminer la course. KM 41 : Nous regagnons la route pour quelques kilomètres de plat direction le ravito de Doussard. La douleur est bien moins forte sur le plat ce qui me permet de reprendre confiance. Stef' est de nouveau là, ce qui est réconfortant. KM 44 : Je profite du ravitaillement pour m'étirer longuement, bien me restaurer, soigner les ampoules et changer de chaussettes ! Après 20 minutes de pause, les batteries sont quelques peu rechargées. J'ai 6h50 d'efforts au compteur, il reste 40km à parcourir. La douleur est toujours là mais le bonhomme est têtu et il va terminer !

maxi raceKM 46 : Après 2 kilomètres de route, il est temps de repasser aux choses sérieuses avec l'ascension du Semnoz : 12 km à tout casser. Je me permets de donner du rythme car j'ai retrouvé du jus. Mais il me faudra tout de même près de 2h40 pour m'en affranchir. KM 58 : La descente me meurtrit malheureusement et je dois marcher voire boiter pour descendre. Je prends donc ces 11km de mal en patience en attendant que ça remonte. KM 70 : 2h20 plus tard (12h10 de course), j'atteinds le dernier ravitaillement à Menthon saint Bernard. Je prends quelques minutes pour manger mais ne traîne pas car je sais maintenant ce qui m'attend car nous avons repéré cette partie du parcours avec l'ami Pierrot. J'entame le dernier gros morceau avec les ascensions successives des contrebandiers, Mont baron et Mont Veryer, j'alterne course et marche rapide. Les sensations sont de nouveau là (et le plaisir par la même occasion) et la confiance revient. Je recommence à gagner des places. Quelle(s) vue(s) quand on prend le temps de lever la tête ! KM 78 : Fin des côtes, 14h15 de course, il ne reste qu'à redescendre et rejoindre la plage. Les jambes sont raides mais je descends à vive allure. C'est comme si je n'avais pas couru... adrénaline ? Folie passagère ? J'avale les lacets à vitesse folle en priant que les crampes ne me rennent pas ce qui causerait une chute à coup sûr. KM 82 : Je rejoins enfin le plancher des vaches pour le dernier kilomètre. Les gens applaudissent mais beaucoup n'ont pas la moindre idée de ce qu'il s'est passé durant plus de 15 heures (et ne le seront sûrement jamais). De l'excitation, de la douleur, de l'émerveillement, des doutes et finalement de la joie et de l'émotion, beaucoup d'émotion. Mal embarqué dans cette aventure avec rapidement de grosses douleurs, je boucle mes 83 kilomètres en 15h06 à la 296ème place.

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